Evolution des différentes pratiques culturelles (premier essais d’article)

Les temps changent, les pratiques évoluent. On entend souvent dire que les gens lisent moins, et passent plus de temps derrière leurs écrans, privilégient le cinéma à des concerts de musique ou au théâtre. Pour essayer de vérifier ce genre d’affirmation, j’ai utilisé les données de l’enquête sur les pratiques culturelles des français. Ces enquêtes sont réalisées par le ministère de la Culture et de la Communication, et recueillent régulièrement des données sur les pratiques culturelles des français. Cette succession d’enquêtes ont été réalisée en 1973, 1981, 1988, 1997, 2008. Cette enquête paraît donc idéale pour repérer l’évolution des pratiques au cours du temps.

J’ai réalisé un premier graphique de courbes, chaque courbe correspondant à une pratique culturelle, avec le temps en abscisse et le pourcentage de personne pratiquant l’activité en ordonnée. L’idée était de pouvoir observer facilement quelle pratique augmentait et quelle pratique diminuait en observant l’inclinaison des courbes.

Surprise ! Les courbes sont relativement stables. Bien sûr, on peut voir quelques fluctuations mais rien de transcendant. En effet, on observe une augmentation de la consommation de télévision, mais la lecture de livre n’a pas tant chuté que ça… En bref, ce qu’il est intéressant de remarquer sur ce graphique, c’est que, d’une façon générale, les pratiques les plus populaires en 1973 sont toujours les plus populaires en 2008, et inversement.

Pour essayer d’analyser d’un peu plus près les fluctuations au sein de chaque pratique culturelle, j’ai réalisé un histogramme.

  • La télévision :
    La télévision, à vrai dire, n’a pas évolué linéairement. La consommation de télévision est restée extrêmement stable jusqu’en 1997, et on observe un très net pic en 2008. Comment cela s’explique-t-il ? On entend dire que les gens ont tendance à plus regarder la télévision, à rester derrière l’écran plutôt que de sortir, faire des activités plus physiques ou manuelles. Ça semble se vérifier aux alentours de 2010, mais pas avant.
    Par contre, à ceux qui s’étonneraient du résultat car de nos jours, on a tendance à penser que la télévision disparait au profit d’internet, j’ai deux pistes de réponse. La première, c’est que ce débat est, je pense, très récent. Aujourd’hui, nous sommes en 2015 et non en 2008, et je pense que l’utilisation d’internet a beaucoup évolué depuis. La deuxième, c’est que, si les jeunes qui sont nés avec l’ordinateur et on grandit avec le développement d’internet ont peut-être tendance à être plus souvent derrière leur écran d’ordinateur que devant leur écran de télévision, c’est peut-être moins le cas pour, d’une part, les personnes qui ont grandi avec la télévision, et qui gardent cette habitude, d’autre part les personnes plus âgées pour qui l’ordinateur est nouveau et qui ont plus de mal à l’utiliser.
    Après ça, comment expliquer le pic de 2008 ? Peut-être est-ce dû à l’apparition des nouvelles chaînes de sport, cultures etc. proposées par Belgacom et compagnies ? Ainsi, les amateurs de télévision peuvent avoir des chaînes plus spécialisées qui les intéressent et ont donc tendance à regarder plus la télévision.
  • La radio :
  • pas de nette évolution pour la radio. On remarque une petite chute en 1988 mais je pense qu’il s’agit d’un hasard car par la suite, ça remonte et reste stable.
  • La musique hors radio :
    Pour la musique hors radio par contre, on peut assez clairement observer une évolution. On voit que la quantité de musique écoutée hors radio augmente en 1981 pour se stabiliser jusqu’en 1997 avant d’augmenter encore nettement en 2008. Cela peut s’expliquer assez facilement. La nette augmentation en 1981 peut s’expliquer par l’amélioration des supports de stockage de donnée (de musique dans ce cas-ci) comme l’arrivée des CDs aux alentours de 1980, des premiers walkmans, etc. qui ont permis aux gens d’écouter ce qu’ils aimaient plutôt que de rester collés à la radio en attendant leur musique préférée. En ce qui concerne le pic de 2008, j’imagine qu’il a été provoqué par la commercialisation des lecteurs mp3. Ceci-dit, notons bien que, comme nous l’avons observé au point précédent, ces phénomènes ne semblent pas avoir affecté l’écoute de la radio.
  • En ce qui concerne la lecture de journaux, le résultat est un peu moins net. Il ne semble pas y avoir de nette évolution, mais plutôt des pics, comme en 1973 et en 1988. Peut-être un évènement particulièrement marquant s’est-il produit ces année-là qui aurait suscité un emballement médiatique ?
  • Lecture de livres :
    On peut observer une courbe, mais rien de marquant en ce qui concerne la lecture de livre. La situation me semble assez stable. On a pourtant tendance à dire que la lecture se perd, que les jeunes en particulier lisent beaucoup moins. Ca ne semble pas se marquer nettement.
  • Sont inscrit en bibliothèque :
    Si la lecture de livres reste stable, il semblerait que les gens ont de plus en plus tendance à s’inscrire en bibliothèque. Je ne sais pas exactement comment l’expliquer moi-même mais je peux imaginer deux choses : un accès plus facilité aux catalogues des bibliothèques, via internet par exemple ? Une meilleure gestion de celles-ci ? Ou peut-être aussi une culture récente du prêt, de la seconde main et globalement de l’économie, où les gens auraient plus tendance à emprunter plutôt qu’à accumuler des biens.
  • Cinéma :
    Un résultat globalement stable. On observe tout de même un pic en 2008. Peut-être la sortie de « The Dark Knight Rise » et « Wall-e » ont-ils emballés les foules ?
  • Ont assistés à une pièce de théâtre :
    Dans ce cas-ci, on observe une nette augmentation. Là par contre, je ne me l’explique absolument pas pour l’instant
  • Spectacle de danse :
    La fréquentation des spectacles de danse ne subissent pas d’évolution particulière.
  • Concerts de musique classique :
    Idem
  • Concerts de rock/jazz :
    On constate une nette évolution de 1973 à 1981. Je pense que ça peut s’expliquer par le fait que le jazz et surtout le rock ont pris, vers ces datent-là, leur place dans la musique populaire, après avoir été écoutée par des public très ciblés.
  • Les musées ou expositions d’art :
    On observe globalement une légère évolution de la fréquentation des musées et expositions d’art. C’est peut-être lié à une évolution dans la manière de présenter l’art dans les musées et les expositions. Les musées et les expositions ont tendance à faire de plus en plus en sorte que leurs expositions soient adaptées à tout type de visiteur et non plus à des gens qui possèdent déjà des connaissances sur le sujet. Cela a pour but d’ouvrir les musées à un autre type de public.
  • Les pratiques en amateur :
    Les pratiques en amateur sont en très nette augmentation. Ça doit être dû à la facilité croissante de trouver des institutions ou des cours privé permettant de pratiquer des activités artistiques en amateurs. La possibilité aujourd’hui de trouver facilement des cours ou des stages de pratiques culturelle pour le loisir est nettement plus important aujourd’hui qu’avant.

Voilà pour le détail.
Maintenant, qu’est-ce que je retiens de cette étude ?
Tout d’abord, on ne peut pas toujours vraiment observer l’évolution des pratiques. Un problème que je repère dans cette étude, c’est que, bien que l’intervalle de temps est très large, les enquêtes sont très espacées dans le temps et ponctuelles. On demande la plupart du temps au gens ce qu’ils ont fait « au cours des 12 derniers mois ». A-t-on donc réellement une évolution ? Le souci, c’est que, comme on l’a observé pour les journaux, si telle année, il y a un pic pour telle ou telle raison, il est difficile de dire si c’est occasionnel ou si ça participe à l’évolution de la pratique.
Après, elle n’est pas non plus totalement dénuée d’intérêt. Les données de l’enquête 2008, que je n’ai pas analysées en détail ici, donnent des infos très précises, mais qui demandent alors d’autres graphiques et surtout, d’autre type d’analyse qu’une analyse au cours du temps. De plus, on a quand même pu observer quelques résultats assez intéressants sur le premier graphique, et sur l’écoute de la musique hors radio par exemple.

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